Les mouvements et la nécessité stratégique d'un parti.
Les mouvements et la nécessité stratégique d'un parti. 20.
Plan du rapport
Les mouvements et la nécessité stratégique d'un parti. 5 décembre 2025
Introduction
- l'orateur
- le choix du matériel de lecture
- le rôle de l'école
1. Le rôle et l'importance stratégique des mouvements sociaux
« Les partis et les mouvements sont côte à côte et non pas au-dessus et en dessous » (Rousset)
1.1 L 'auto-organisation autour d'une situation spécifique - travail, quartier, communauté rurale, établissement d'enseignement ou oppression spécifique ou questions sociales (climat, écologie, etc.) - première étape de la mobilisation des couches populaires et ouvrières => élaboration de revendications et de défis au système capitaliste => développement de la conscience de classe
1.2 tâches du parti dans les mouvements sociaux - Construire le mouvement et les luttes - préconiser une orientation vers la lutte des classes - besoins des plus opprimés, - des formes d'action collective - créer des liens entre les mouvements (intersection/convergence) - créer des liens internationaux - lutter pour l'indépendance vis-à-vis de l'État/du gouvernement/des partis - soulever la question de savoir qui gouverne - recruter !
2. L'importance stratégique de la création de partis
qu'advient-il des révolutions sans partis ?
les options pour des orientations globales alternatives (Rousset)
2.1 Le parti qui assure la continuité et le renouvellement des idées politiques clés
- l'internationalisme
- révolution permanente
- front unique
- méthode transitoire
2.2 La forme du parti - large réflexion démocratique et décision collective d'action - parti militant, frontières définies - comment garantir la démocratie - pas un îlot de socialisme - des situations spécifiques peuvent nécessiter des formes d'organisation spécifiques (dictature, clandestinité, autodéfense armée, etc.).
3. L'orientation stratégique de la IVe Internationale et les choix tactiques -Notre objectif stratégique est la construction de partis révolutionnaires de masse et d'une Internationale révolutionnaire de masse (2018) - comment y arriver ?
3.1 Une orientation commune dans une situation nationale spécifique - Dans un contexte général marqué d'une part par le chaos géopolitique, et d'autre part par des processus de radicalisation inégaux et contradictoires, dans un contexte de crise de la conscience de classe. - construire des partis utiles à la lutte des classes. C'est-à-dire des partis qui peuvent rassembler les forces et décider d'actions qui ont un effet et font avancer la lutte de classe sur la base d'une approche et d'un programme de lutte de classe, le but ultime d'un tel parti étant évidemment de se débarrasser du système capitaliste existant, quels que soient les termes généraux utilisés pour l'exprimer. - Cette perspective engage les forces de la FI à faire partie intégrante et loyale de la construction et de la direction de ces nouveaux partis, sans se contenter de viser à recruter ou d'attendre pour dénoncer d'éventuelles trahisons. - Tenir compte de l'histoire et des dynamiques en cours dans un pays donné - Cela explique la grande variété de projets de partis dans lesquels nous sommes engagés.
3.2 Une forme transitoire - changer en fonction de l'évolution de la situation politique - le mieux est que l'instrument du parti lui-même change pour répondre aux nouveaux besoins - S'il devient inadéquat, il faut rompre, mais cela ne signifie pas que le projet précédent était mauvais, par exemple le Parti des travailleurs, Rifondazione, Podemos. - le problème n'est pas résolu en proclamant de manière intemporelle que le parti que nous construisons maintenant est le parti révolutionnaire
1. Concernant l'importance des mouvements sociaux nous nous référons à
Notre orientation et nos tâches dans les mouvements sociaux (Congrès mondial 2025)
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/874/696
En particulier :
1. Pourquoi les mouvements sociaux sont-ils stratégiquement importants ?
2. Concernant le parti
2.1 Nous parlerons du parti comme d'un moyen d'assurer la continuité et le renouvellement des idées politiques clés telles qu'elles sont exposées ici :
Rôle et tâches de la IVe Internationale 2010
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/513/75
7. La IVe Internationale et ses sections ont joué et veulent jouer encore un rôle essentiel dans la défense, la promotion et la mise en œuvre d’un programme de revendications d’urgence mais aussi transitoires vers le socialisme ; d’une politique de front unique qui vise à la mobilisation de masse des travailleurs et de leurs organisations ; d’une politique d’unité et d’indépendance de la classe ouvrière contre toutes les formes d’alliance avec la bourgeoisie, contre toute participation à des gouvernements qui gèrent simplement l’État et l’économie capitalistes en ayant abandonné tout internationalisme ou combat pour en finir avec les inégalités et les discriminations de genres, raciales, ethniques, religieuses ou d’orientation sexuelles.
La IVe Internationale a joué et joue toujours un rôle fonctionnel pour garder vivante l’histoire du courant marxiste révolutionnaire, « comprendre le monde », confronter les analyses et les expériences de militants, de courants ou organisations révolutionnaires et rassembler des organisations, des courants et des militants qui partagent la même vision stratégique et les mêmes choix de regroupements larges sur des bases révolutionnaires. L’existence d’un cadre international qui permette de « penser la politique » est un acquis indispensable à l’intervention des révolutionnaires. L’internationalisme conséquent doit poser la question d’un cadre international. […]
. Notons, néanmoins, une différence majeure entre la IVe Internationale et tous ces regroupements, au-delà des positions politiques, et qui est à mettre à son compte, c’est qu’elle est basée sur une coordination démocratique de sections et de militants, alors que les autres regroupements internationaux sont des « Internationales-fractions » ou des coordinations basées sur des « partis-fractions » qui ne respectent pas les règles de fonctionnement démocratique, en particulier le droit de tendance. […]
et résumées ici :
Rôle et tâches de construction de la Quatrième Internationale (Congrès mondial 2018)
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/511/3
7. Leçon des bilans'
Les points que nous avons mis en avant sont (en résumé) :
- participer aux mouvements sociaux et aux luttes des opprimés et des exploités. apprendre de ces mouvements pour approfondir et enrichir notre propre programme.
- Construire des syndicats actifs, radicaux et de lutte de classe,
- une attitude indépendante à l'égard de l'État et des institutions ; des élections en tant que soutien à l'activité du mouvement de masse,
- l'importance d'une compréhension internationale et internationaliste active de la situation politique mondiale
- la nécessité d'un fonctionnement démocratique et transparent avec une démocratie élargie incluant les droits des tendances,
- l'importance d'aborder les questions soulevées par les luttes et les reculs des opprimés et des exploités (notamment le féminisme, l'écologie, les LGBTQI et autres) ;
- une lutte sans relâche contre toutes les formes de racisme - y compris contre les populations indigènes, l'antisémitisme, l'islamophobie et pour la libre circulation des migrants, sur la base de la solidarité et de l'unité ;
- l'importance du renouvellement des organisations par une attitude ouverte et dynamique face au recrutement de jeunes en voie de radicalisation
- la nécessité de programmes de formation continue, y compris sur des questions stratégiques telles que l'État ou la question du pouvoir, et les questions internationales.
2.2 Nous examinerons également la nécessité de la forme du parti, comme c'est fait ici :
Réflexions sur « la question du parti » (bis) – Un tour d’horizon - Pierre Rousset
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article40093
incluyant
La remise en question féministe des organisations politiques traditionnelles
- Penelope Duggan
https://europe-solidaire.org/spip.php?article40097
et
La tyrannie de l’absence de structure - Jo Freeman
https://www.education-populaire.fr/la-tyrannie-de-labsence-de-structure/
Et notant ces deux contributions :
Daniel Bensaïd (Le pari mélancolique, Fayard 1997, p. 121.)
C'est aussi pourquoi la conception du militant révolutionnaire n'est pas pour Lénine celle du bon syndicaliste combatif, mais celle du “ tribun populaire” intervenant dans « toutes les couches de la population » pour y saisir la façon concrète dont se nouent une multiplicité de contradictions. Cette question est au cœur du fameux débat sur les statuts du parti, minutieusement commenté dans Un pas en avant, deux pas en arrière. La définition de ce que doit être membre du parti (quelqu'un qui se contente de se reconnaître en lui, de l'aider, de « sympathiser », ou bien quelqu'un milite dans l'une de ses instances régulières, cotise, se sent responsable des décisions collectives) n'est pas une dispute formelle ou administrative. L'enjeu de cette petite différence, à première vue anodine, c'est la délimitation du parti d'avec la classe. Car c'est précisément la forme parti qui permet d'intervenir dans le champ politique, d'agir sur le possible, de ne pas subir passivement les flux et les reflux de la lutte des classes.
Ernest Mandel La théorie léniniste de l'organisation 1971
Traduction française (PD) - nous n'avons pas pu trouver une version française avec ce chapitre “Organisation, bureaucratie et action révolutionnaire”
“Ce serait accorder trop de crédit au système capitaliste que de penser qu'il est une école parfaite pour préparer le prolétariat à l'activité indépendante, ou qu'il crée automatiquement l'aptitude des masses laborieuses à reconnaître et à réaliser spontanément tous les objectifs et toutes les formes d'organisation de leur propre libération”. et donc le besoin de “contrepoids”
=> action positive pour les femmes et autres objets des oppression spécifiques
3. L'orientation stratégique de la Quatrième Internationale et les choix tactiques
3.1 Une orientation commune mise en œuvre dans une situation nationale spécifique
Rôle et tâches de la IVe Internationale 2010
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/513/75
L’objectif commun, avec des voies différentes, est celui de larges partis anticapitalistes. Il ne s’agit pas de reprendre les vieilles formules de regroupement des seuls courants révolutionnaires. L’ambition est de rassembler au-delà des seules forces révolutionnaires. Celles-ci peuvent être un point d’appui dans ce processus de rassemblement à condition qu’elles s’orientent clairement pour construire ces partis anticapitalistes. Même s’il n’y a pas de modèle, chaque processus de regroupement tenant compte des spécificités et rapports de forces nationaux, notre objectif doit donc être de chercher à construire des forces politiques larges anticapitalistes indépendantes de la social-démocratie et du centre-gauche, des formations qui rejettent toute politique de participation ou de soutien à des gouvernements de collaboration de classes — aujourd’hui, à des gouvernements avec la social- démocratie ou le centre-gauche —, des forces qui comprennent que le fait d’obtenir des victoires concernant les droits des femmes, telles que le référendum sur l’avortement au Portugal, renforce le camp des anticapitalistes.
Rôle et tâches de construction de la Quatrième Internationale (Congrès mondial 2018)
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/511/3
1. Introduction'
[…] L’idée clé est que nous ne pouvons pas généraliser un modèle de ce que la IVe Internationale doit faire, bien qu’il soit évident que certaines expériences apparemment plus réussies auront tendance à être imitées ; mais nous devons nous habituer à une situation dans laquelle les expériences concrètes sont différentes et peut-être, parfois, vont dans des directions différentes. L’un des problèmes que nous avons eus est la tendance involontaire à considérer parfois seulement ce qui se passe dans certains pays clés (par exemple, la France il y a quelques années) et ne pas internationaliser assez notre pensée. La discussion sur les différentes expériences lors des derniers Comités internationaux (1) a été utile pour pluraliser davantage notre point de vue. C’est l’objet de cette résolution sur le rôle et les tâches.
'2. Une réorientation pendant les années 1990'
[…] Déjà en 1991, la résolution sur l’Amérique latine affirmait (nous soulignons) : « Il est évidemment impossible de fixer une seule orientation pour toutes nos sections. Il n’y a pas de modèle ni d’orientation uniques pour se construire, valables en tout moment et en tout lieu. La révolution nicaraguayenne et la constitution du PT au Brésil ont inspiré des tentatives d’en répéter l’expérience. Nous cherchons à construire des grands partis révolutionnaires de masse. Mais il y a des variantes innombrables pour y parvenir. »
Elle énumérait les différentes options choisies par nos organisations à l’époque :
« • L’apparition d’un parti ouvrier de masse comme le PT a rendu possible en son sein le développement d’un courant marxiste-révolutionnaire qui travaille à sa construction avec un maximum de loyauté…
• le développement d’un parti révolutionnaire indépendant avec une influence de masse s’est produit, fondamentalement, dans le cas du PRT mexicain. Avant l’apparition du néocardénisme, on a failli réussir la convergence du gros de la gauche révolutionnaire autour du PRT….
• l’intégration à des projets révolutionnaires en formation ou déjà développés a été le chemin choisi par notre section colombienne. L’intégration de nos camarades dans A Luchar s’est faite à partir d’une série d’accords politiques qui ont tourné pour l’essentiel autour de la situation…
• la participation à un front politique révolutionnaire, tout en maintenant une existence indépendante, est l’expérience très importante que nos camarades uruguayens ont faite avec la formation du Mouvement de Participation populaire (MPP). Au sein de celui-ci convergent différents courants : le MLN, le PVP, le MRO et le PST ainsi qu’un secteur important d’indépendants… »
3.2 Le type d'instrument politique nécessaire évolue en fonction de l'évolution de la situation
Rôle et tâches de construction de la Quatrième Internationale (Congrès mondial 2018)
https://fourth.international/fr/congres-mondiaux/511/3
5. Différents chemins vers les mêmes objectifs, ruptures et bifurcations
Comme nous l’avons réitéré dans ces différentes résolutions, la décision de quel instrument politique correspond le mieux à la définition donnée dans un pays donné à un moment donné doit être fondée sur une compréhension concrète de la situation – la dynamique, les forces existantes. Aucune recette de l’extérieur avec quelque étiquette que ce soit ne peut remplacer la compréhension de la situation réelle.
Parce que l’utilité d’un instrument politique ne peut être déterminée que par cette compréhension, il en résulte que le type d’instrument politique nécessaire change quand la situation change. Le meilleur scénario est que l’instrument que nous cherchons à construire s’adapte à l’évolution des besoins – donc nous luttons pour développer la base politico-programmatique des partis dont nous faisons partie afin qu’ils le fassent.
Mais cela peut ne pas être le cas, et que, en réalité, un tel parti trahisse ce qui est nécessaire. Dans ce cas, nous devons être prêts à rompre et former un nouvel instrument, lorsque nous jugeons que nous avons perdu la bataille politique. Le risque d’échec est toujours présent dans tout choix politique.
Toutefois, cela ne signifie pas que le choix précédent était erroné (nous savons aussi que des partis qui se sont proclamés basés sur le programme complet de la révolution bolchevique peuvent trahir / devenir réformistes, etc.). Nous devons évaluer si, au moment où ils ont été formés et pendant leur première période, plus ou moins longue, ils ont eu un effet positif sur la situation nationale.
Par conséquent, alors que nous pouvons juger que l’évolution du PT brésilien, ou de Rifondazione en Italie, n’a finalement mené nulle part, cela ne signifie pas que nous avons eu tort d’y participer ou à qu’un moment donné (pour une période plus ou moins longue) ils n’ont pas été une expression positive des aspirations de celles et ceux qui désirent un changement systémique, ou qu’ils n’ont pas été capables de permettre des avancées concrètes.
Il peut également arriver qu’il devienne évident, très rapidement, que l’instrument politique est lui-même transitoire et son objectif doit être de mener la bataille pour créer un nouveau parti politique.
Parce que nous disons que la nature de l’instrument politique nécessaire évolue avec la situation, nous savons que lorsque la révolution est à l’horizon nous avons besoin d’un parti capable de comprendre et de saisir cette opportunité. Cependant, nous savons que la proclamation du parti révolutionnaire aujourd’hui ne signifie pas nécessairement, dans la plupart des cas, satisfaire aux critères que nous fixons pour être utile à la lutte des classes.
Cela ne veut pas dire que nous ne relevons pas les moments où des partis qui se caractérisent ouvertement comme révolutionnaires ont eu un impact réel : le SWP aux États-Unis dans le mouvement antiguerre, la LCR française ou, à l’extérieur de notre mouvement, le SWP britannique avec son lancement de la Ligue Anti-nazi dans les années 1970. Cependant, leur impact a été le produit d’une situation politique particulière et ne peut être compris que dans ce contexte. De plus, leur impact était tout de même modéré et ces partis n’ont pas atteint un poids critique dans la vie politique de leurs pays – à l’exception de la LCR par les deux campagnes Besancenot en 2002 et 2007, au cours de la dernière décennie de son existence.