Nos métodes de lutte - le mouvement autonome des femmes

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2. L’oppression des femmes en tant que sexe constitue la base objective pour la mobilisation des femmes en lutte dans le cadre de leurs organisations propres. C’est pourquoi la IV• Internationale apporte son soutien et contribue à la construction du mouvement de libération des femmes.

Par mouvement des femmes, nous entendons toutes les femmes qui s’organisent à un niveau ou un autre contre l’oppression que leur impose la société groupes femmes, groupes de conscience, groupes de quartiers, groupes d’étudiantes, groupes d’entreprises, commissions syndicales, organisations des femmes des nationalités opprimées, groupes de féministes lesbiennes, cartels de campagne sur des revendications spécifiques. Le mouvement des femmes se caractérise par son hétérogénéité, son impact sur toutes les couches de ta société, et par le fait qu’il n’est rattaché à aucune organisation politique en particulier, même si divers courants se manifestent en son sein. D’autre part, certains groupes et comités unitaires, bien que dirigés et soutenus par des femmes, sont ouverts aux hommes aussi, comme l’organisation nationale des femmes aux Etats-Unis (NOM, et la Campagne nationale pour l’avortement en Grande Bretagne (NAC). Alors que la plupart des groupes femmes sont apparus au départ en marge des organisations de masse de la classe ouvrière, la radicalisation croissante parmi les femmes de la classe ouvrière a amené un nombre toujours plus grand d’entre elles à s’organiser au sein de leurs organisations de classe. En Espagne, de nombreuses femmes ont adhéré aux CO (Commissions ouvrières) impulsant l’animation des comités féminins de ce syndicat. En France, des milliers de femmes participent aujourd’hui aux commissions féminines syndicales et aux groupes du Planning familial, ainsi qu’aux groupes femmes en général. En Bolivie, les femmes de mineurs ont formé des comités de ménagères affiliés à la COB (Centrale syndicale de Bolivie). Mais tout cela fait partie de cette réalité mouvante et encore très peu structurée qu’on appelle le mouvement indépendant ou autonome des femmes.

Indépendant ou autonome ne signifie pas pour nous indépendant de la lutte des classes ou des exigences de la classe ouvrière. Au contraire, seule la fusion des objectifs et des revendications du mouvement des femmes avec les luttes de la classe ouvrière permettra le rassemblement des forces nécessaires pour atteindre les buts des femmes.

Par indépendant ou autonome, nous voulons dire que le mouvement est organisé et dirigé par des femmes ; qu’il considère la lutte pour les droits et les exigences des femmes comme une priorité absolue, et qu’il refuse de subordonner cette lutte à d’autres intérêts, quels qu’ils soient ; qu’il n’est subordonné aux décisions ou à l’orientation d’aucune tendance politique ni d’aucun groupe social ; qu’il est décidé à mener jusqu’au bout la lutte par tous les moyens, et avec toutes les forces qui se révéleront nécessaires. Certes, la totalité du mouvement ne remplit pas ces critères au même degré, mais telle est bien la nature du mouvement de femmes que nous cherchons à construire.

3. Les groupes non-mixtes représentent un aspect décisif de la forme organisationnelle dominante dans le mouvement des femmes. Ceux-ci sont apparus sur pratiquement tous les terrains depuis les écoles et les églises jusqu’aux usines et aux syndicats. Ce phénomène reflète la volonté des femmes de prendre la direction de leurs propres organisations où elles peuvent apprendre, se révéler et jouer un rôle dirigeant sans crainte d’être dépréciées ou régentées par les hommes ou d’avoir à rivaliser avec eux d’entrée.

Avant que les femmes puissent diriger les autres, il leur faut se débarrasser de leurs sentiments d’infériorité et de leur tendance à sous-estimer leurs propres capacités. Il leur faut apprendre à ’se diriger elles-mêmes. Les groupes féministes qui refusent consciemment et délibérément d’intégrer des hommes aident bien des femmes à faire les premiers pas pour se débarrasser de leur mentalité d’esclave, pour acquérir la confiance, la fierté et le courage d’agir comme des êtres politiques. Les petits « groupes de conscience » qui sont apparus partout comme une des formes les plus répandues de la nouvelle radicalisation aident maintes femmes à réaliser que leurs problèmes ne viennent pas de leurs carences personnelles, mais sont des produits sociaux, communs à d’autres femmes.

S’ils fonctionnent en cercle fermé et se limitent à la discussion interne comme substitut à l’entrée en action aux côtés des autres, les groupes non-mixtes peuvent devenir un obstacle à la progression politique des femmes qui y participent.

Cependant, ils ouvrent souvent aux femmes la possibilité de rompre pour la première fois leur isolement d’acquérir de l’assurance, et d’entrer en action. La volonté des femmes de s’organiser en groupes non-mixtes est aux antipodes de la pratique suivie par de nombreux partis de masse staliniens qui mettent sur pied des organisations de jeunesse distinctes pour les hommes et les femmes dans le but de réprimer l’activité sexuelle et de renforcer les attitudes stéréotypées selon les sexes - autrement dit l’infériorité des femmes. Les groupes non-mixtes autonomes qui se sont formés à ce jour expriment en partie la défiance que bien des femmes éprouvent à l’égard des organisations réformistes de masse de la classe ouvrière, qui ont échoué si lamentablement à lutter pour leurs exigences.

Notre soutien et notre travail de construction du mouvement autonome de libération des femmes distinguent aujourd’hui la IV’ Internationale de maints groupes sectaires qui prétendent s’en tenir à l’orthodoxie marxiste telle qu’elle apparaît dans leurs interprétations des résolutions des quatre premiers congrès de la III° Internationale. De tels groupes rejettent la construction de toute organisation de femmes sauf celles qui sont rattachées directement au parti et sous son contrôle politique.

Nous soutenons et nous construisons des groupes de libération des femmes non-mixtes. Aux « marxistes » qui prétendent que tes organisations et les réunions non-mixtes divisent la classe ouvrière selon des clivages de sexe, nous répondons que ce ne sont pas ceux et celles qui luttent contre leur oppression qui sont responsables de la création ou du maintien des divisions. Le capitalisme divise la classe ouvrière selon la race, le sexe, l’âge, la nationalité, la qualification et par tous les moyens possibles. Notre tâche consiste à organiser et soutenir les luttes des couches les plus opprimées et les plus exploitées qui avancent des revendications reflètent les intérêts de toute la classe et qui sont appelées à prendre la tête de la lutte pour le socialisme. Ce sont ceux qui souffrent le plus de l’ordre ancien qui combattront le plus énergiquement pour un monde nouveau.

4. Les formes de notre intervention peuvent varier considérablement selon la situation concrète où se trouvent nos organisations. Notre tactique est dictée par notre objectif stratégique, qui est d’éduquer et de faire entrer en action des forces beaucoup plus larges que nous-mêmes, en particulier des forces décisives de la classe ouvrière, de participer à la construction d’un mouvement de femmes de masse, de renforcer l’aile « lutte de classe » du mouvement des femmes et de recruter les meilleurs cadres au parti révolutionnaire.

Parmi les facteurs à prendre en considération, il faut compter l’étendue de nos propres forces ; la taille, la nature et le niveau politique des courants de libération des femmes ; la force des courants libéraux, sociaux-démocrates, staliniens et centristes auxquels nous devons nous confronter et le contexte politique général où nous intervenons. Le choix entre l’organisation de groupes de libération des femmes sur la base d’un programme socialiste large, l’intervention dans les organisations existantes du mouvement de libération des femmes, la construction de cartels larges sur des thèmes spécifiques, l’intervention dans les commissions syndicales ou dans toute autre organisation de masse ; la combinaison de plu sieurs de ces interventions, ou une intervention sous des formes complètement différentes, sont des questions tactiques. Quelle que soit la forme organisationnelle que nous adoptions, la question fondamentale à trancher est la même : quels thèmes et quelles revendications avancer dans la situation donnée afin de mobiliser le plus efficacement les femmes et leurs alliés dans la lutte ?

5. Il n’y a pas de contradiction entre, d’une part, le soutien et la construction d’organisations non mixtes pour lutter pour la libération des femmes ou pour des revendications spécifiques touchant à l’oppression des femmes, et, d’autre part, la construction de comités de masse unitaires regroupant hommes et femmes dans la lutte pour les mêmes revendications. Les campagnes pour le droit à l’avortement en ont fourni un bon exemple. Les femmes seront la colonne vertébrale de telles campagnes, mais puisque cette lutte se mène pour les intérêts de la masse des travailleurs, notre orientation consiste à gagner au mouvement le soutien de toutes les organisations de la classe ouvrière et des opprimés.

6. Notre orientation, qui vise à mobiliser dans l’action la masse des femmes, peut souvent se concrétiser le mieux dans la période actuelle, par des campagnes sur des revendications concrètes suscitant le soutien le plus large possible, sur la base d’actions de front unique. Cela est d’autant plus vrai si l’on considère la faiblesse relative des sections de la 1V• Internationale et la force relative des libéraux et de nos adversaires réformistes pratiquant une politique de collaboration de classes. Pour nombre d’hommes et de femmes, la participation à des actions de ce genre a été le premier pas vers le soutien aux objectifs politiques du mouvement de libération des femmes. Les campagnes unitaires pour l’avortement dans de nombreux pays fournissent un exemple de ce type d’intervention.

A travers de telles interventions de type front unique, nous pouvons faire peser une force maximum contre les gouvernements capitalistes et faire prendre conscience aux femmes et à la classe ouvrière de leur propre force. Dans la mesure où les libéraux, « amis x des femmes, les staliniens, les sociaux-démocrates, et les bureaucrates syndicaux refuseront de soutenir ces campagnes unitaires répondant aux besoins des femmes, ils s’isoleront et se démasqueront par leur propre inaction, leur opposition ou leur volonté de subordonner les exigences des femmes à leur recherche d’alliances avec les secteurs dits « progressistes » de ta bourgeoisie. Et si la pression des masses les oblige à soutenir ces actions, cela ne pourra qu’élargir l’audience de masse de ces campagnes et accroître les contradictions au sein des organisations libérales et réformistes.

Comme on a déjà pu le voir très clairement à propos de la question de l’avortement, ces campagnes unitaires jouent un rôle particulièrement important dans le renforcement des liens entre le mouvement autonome des femmes et le mouvement ouvrier, car ce sont elles qui pèsent le plus pour obliger la bureaucratie ouvrière à réagir.