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Document du XVe Congrès mondial de la QI (2000)

Résolution : Les résistances à la mondialisation capitaliste. Une chance pour un nouvel internationalisme (extraits)

Voir le document complet et le texte introductif de 2003 :

ESSF article 3973:


3. Mondialisation. Du point de vue de la solidarité internationale, la période présente est tout d’abord caractérisée par la place centrale qu’occupent les résistances aux politiques néolibérales, leur diversité et leur convergence objective. Cette place, cette diversité et cette convergence s’expliquent dans une large mesure par la nature et l’ampleur du processus de mondialisation capitaliste, dont les conséquences se font brutalement sentir dans tous les domaines de la vie sociale.

Nouvelle étape dans la restructuration du marché mondial et dans l’internationalisation du capital, la mondialisation néolibérale s’affirme tout d’abord dans sa dimension économique : autonomisation de la sphère financière, libéralisation radicale mais inégale (au détriment du Sud) des mouvements de capitaux et des échanges commerciaux, multiplication des méga-fusions, expansion de la sphère concurrentielle, déréglementations, privatisations... Mais elle n’opère pas sur les seuls plans commerciaux, industriels et financiers.

La mondialisation capitaliste en cours impose de profondes transformations sociales. Au sein des classes dominées, tout d’abord, qui se voient soumises à un violent processus de précarisation et de fragmentation. Mais aussi au sein même des classes dominantes, avec l’affaiblissement et la marginalisation de diverses composantes traditionnelles de la bourgeoisie et des élites. Elle renouvelle les modes de domination Nord-Sud et provoque une réorganisation générale de l’espace planétaire avec la consolidation (inégale) de zones périphériques aux trois pôles de la triade impérialiste et l’abandon possible de vastes territoires à la désintégration. Elle modifie les mécanismes dominants de décision politique et suscite un rééquilibrage général des centres de pouvoir économiques, politiques ou militaires ; nationaux, régionaux ou internationaux. Elle assigne ainsi des rôles nouveaux aux institutions mondiales nées dans l’après-guerre.

Au fond, pour aboutir, la mondialisation capitaliste exige l’émergence et la stabilisation d’un nouveau mode de domination bourgeois, tant sur le plan international que dans bon nombre de pays. En effet, au nom du libre-échange, l’ordre néolibéral veut ouvrir à la dictature des marchés et des multinationales tous les secteurs de la vie sociale qui leur échappaient encore partiellement. Au nom du droit de la concurrence toujours, il réduit de façon drastique le champ d’action et la marge de manœuvre de bien des États, en leur imposant des contraintes strictes tout en accordant une liberté d’action et de décision sans précédent aux grandes transnationales, aux oligopoles financiers et industriels.

Le rôle des États reste grand et ce, tout particulièrement, dans l’arène mondiale en ce qui concerne le plus puissant des États impérialistes. Mais le néolibéralisme limite considérablement (y compris par le biais de lois) le recours par la bourgeoisie à des systèmes usuels de domination et de régulation socio-politiques fondés sur d’importants mécanismes redistributifs, jugés contraires au droit de la concurrence. Ces modes de domination (compromis sociaux en Europe, État-clientéliste en Afrique, populisme en Amérique latine, dirigisme économique en Asie...) avaient pourtant fait leurs preuves en permettant aux régimes en place de consolider leur base sociale ou de juguler une montée radicale des luttes populaires.

La mondialisation néolibérale a donc des effets radicaux dans toutes les parties du monde et en tous domaines : économique, social, idéologique, étatique, politique, culturel... Voilà qui reflète la puissance et l’omnipotence du processus en cours de réorganisation capitaliste, mais voilà qui représente aussi un premier talon d’Achille : par son ampleur même, elle crée un lien objectif une communauté de sort plus étroit que jamais dans le passé entre des résistances menées dans le monde entier, entre des combats engagés sur tout l’éventail des terrains de lutte. 4. Solidarités.
En éloignant toujours plus les centres formels de décisions des institutions élues (y compris dans les pays occidentaux) et en limitant considérablement l’usage de politiques redistributives, l’ordre néolibéral exprime particulièrement crûment la dictature de classe. C’est son deuxième talon d’Achille, car en temps de crise, il ne peut se prévaloir ni d’une légitimité démocratique fondée sur le mandat électif ni d’une légitimité sociale assurée par la réduction des inégalités.

Plus encore que dans d’autres modes de domination bourgeois, la stabilité de l’ordre néolibéral dépend de la passivité ou de la division, source d’impuissance, des exploité(e) s et des opprimé(e) s. D’où la violence d’une offensive idéologique qui affirme qu’il n’existe aucune alternative, aucun espoir de changement. D’où, encore, la brutalité d’une offensive sociale qui n’a pas seulement pour but d’assurer la surexploitation du travail au profit des actionnaires, mais qui vise aussi à interdire la constitution de nouvelles solidarités et à dissoudre, sous couvert de modernité, les solidarités anciennes (incarnées, notamment, par les systèmes de sécurité et de protection sociales dans les pays capitalistes avancés).

La mondialisation capitaliste déchire ainsi le tissu social et fragilise les classes populaires en généralisant la précarité, en détruisant les droits collectifs acquis dans les luttes passées, quitte à les remplacer par de maigres « filets de sécurité » et des aides caritatives ciblées, sectorialisées, individualisées. Diviser pour régner : le discours du capital oppose le chômeur au salarié, le privé au fonctionnaire, le travail des femmes à celui des hommes, l’emploi des jeunes ou des immigrés à celui des adultes ou des nationaux : un monde réduit à la compétition de tous contre tous...

Cette offensive du capital est redoutable, mais la mondialisation néolibérale produit aussi ses anticorps et crée effectivement les conditions de solidarités nouvelles : l’ordre marchand veut imposer sa loi dans tous les secteurs de la société, ce qui fonde la convergence transversale, multisectorielle, des combats sociaux et démocratiques ; les mêmes institutions déploient les mêmes politiques néolibérales dans le monde entier, ce qui fonde la convergence internationale des résistances.

Fragmentation ou rassemblement, qui l’emportera ? C’est, dans une large mesure, sur le terrain des solidarités que nos combats de demain seront perdus ou gagnés.

(…)

10. Femmes.
Dépendant pour sa stabilité de la fragmentation des mouvements sociaux plus que de leur intégration à un projet collectif, le modèle néolibéral de domination accentue toutes les inégalités (entre classes, genres, communautés, parties du monde...), aggrave les oppressions et alimente la résurgence ou le renforcement d’idéologies profondément réactionnaires. Les femmes subissent de plein fouet le contrecoup de chacun de ces mécanismes régressifs.

Les femmes sont ainsi les premières victimes de la précarisation au point que leur droit à un emploi stable se voit remis en cause même dans des pays où il avait été imposé de haute lutte. Vu les responsabilités qui leur sont assignées dans la famille comme dans les communautés locales, elles sont aussi durement frappées par un autre versant du modèle néolibéral : la création systématique d’un état d’insécurité sociale généralisé, d’un processus de précarisation qui est loin de se limiter au seul statut de l’emploi. La montée des intégrismes religieux dans certains pays (Afghanistan !) a pour les femmes des conséquences proprement dramatiques, mais même dans d’autres parties du monde, elles doivent faire face à des campagnes idéologiques réactionnaires qui s’attaquent à leur dignité et à des droits fondamentaux : droit à la citoyenneté, droit de choisir et à la santé (contraception et interruption volontaire de grossesse, mais aussi dans certains pays du Sud stérilisation forcée, imposée au nom du contrôle démographique).

La lutte d’émancipation des femmes gagne donc encore en son actualité et garde, aussi, sa place nodale dans le combat d’ensemble pour l’égalité des droits, pour la transformation sociale. Face à la mondialisation capitaliste, sa dimension internationale s’affirme comme en témoigne, en l’an 2000, l’organisation de la marche mondiale des femmes (avec sa double dimension : lutte contre l’ordre patriarcal et capitaliste), ainsi que les progrès réalisés dans l’organisation internationale des mouvements féministes.

(…)

17. Guerres.
Washington a proclamé, au lendemain de la désintégration du bloc soviétique, l’émergence d’un nouvel ordre mondial. Ce qui n’a mis fin ni aux guerres ni à la menace nucléaire. Le désordre néolibéral nourrit en effet les conflits internationaux et régionaux.

A l’époque de la mondialisation marchande, les rapports de domination impérialistes ne disparaissent pas, mais reposent plus encore qu’hier sur le jeu des inégalités, au sein d’un système global ainsi, dans les pays du Sud, le combat anti-impérialiste garde toute son actualité. Le renouvellement constant des inégalités entre pays et régions opère dans toutes les parties du monde. Ce qui peut contribuer à raviver les tensions entre États. Ce qui constitue aussi le fondement de bien des revendications nationales ou régionales et ainsi l’importance du principe démocratique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du droit d’autodétermination, se voit confirmée.

Mais, dans le contexte présent, les revendications nationales et régionales, aussi légitimes soient-elles, peuvent déboucher sur des conflits intercommunautaires allant jusqu’à nourrir une dynamique de « purification ethnique ». D’une part, ces revendications ne s’inscrivent plus aussi naturellement qu’hier dans une perspective anti-impérialiste et socialiste, qui assurait leur dimension solidaire et universaliste. D’autre part, la mondialisation capitaliste réduit le rôle et l’efficacité des espaces politiques au sein desquels s’organisait et s’exprimait la citoyenneté, sans laquelle l’élaboration de droits réciproques et la définition d’un avenir solidaire deviennent particulièrement aléatoires.

De même, si l’annexion des territoires a, en certaines parties du monde du moins, perdu de son importance aux yeux des grandes puissances, le contrôle des voies et moyens de communication et de l’accès aux ressources naturelles, aux marchés ou à la force de travail restent essentiels. La capacité militaire des États s’affirme toujours aussi décisive qu’auparavant, comme en témoigne l’usage fait par les USA de leur suprématie en ce domaine. L’Union européenne cherche ainsi à unifier ses forces et à combler son retard en la matière. Quant au refus des grandes puissances (États-Unis, France...) de s’engager dans un processus de désarmement nucléaire et d’arrêter la modernisation de leur arsenal, il a lui aussi relancé la course mondiale aux armements le Pakistan et l’Inde procédant notamment à des essais atomiques.

L’intervention impérialiste se masque aujourd’hui bien souvent derrière l’urgence humanitaire, comme lors de la guerre du Kosovo. Pourtant, c’est à la suite de cette guerre, lors de son cinquantième anniversaire, que l’OTAN a affirmé ses ambitions stratégiques sur l’Europe de l’Est (et au-delà sur l’Asie), et s’est autodécerné un droit d’action dans le monde entier, indépendamment si nécessaire de l’ONU. Les tensions entre puissances, entre Washington, Moscou et Pékin, s’en trouvent durablement ravivées. L’OTAN apparaît aujourd’hui comme le bras armé de l’ordre néolibéral mondial, pendant militaire des FMI, BM et OMC sur le plan économique.

L’affaiblissement du mouvement antiguerre a constitué, ces dernières années, un obstacle majeur au développement des mobilisations internationalistes. Il doit être de toute urgence surmonté. En renforçant le combat pour le désarmement nucléaire, mené aujourd’hui conjointement par des mouvements pakistanais et indiens comme, à l’échelle mondiale, par le réseau Abolition 2000. En redonnant aussi vigueur au combat anti-impérialiste contre la politique de l’OTAN et pour sa dissolution. En inscrivant à nouveau la solution des questions nationales et régionales dans une perspective de transformation sociale, une perspective socialiste et solidaire pour mettre un terme aux dynamiques de conflits intercommunautaires, pour chasser définitivement le spectre de l’épuration ethnique.