15ème Congrès Mondial “Rôle et Tâches de la Quatrième Internationale", extrait: "La IVème Internationale hier, aujourd'hui et demain"

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9. La IVe Internationale, hier, aujourd’hui et demain

(1) La IVe Internationale est née en résistance aux plus grandes défaites du prolétariat et du mouvement ouvrier (fascisme, stalinisme, guerre mondiale). Très minoritaires dans le mouvement ouvrier international, et réprimées par toutes les forces contre-révolutionnaires (sociaux-démocrates staliniens, États bourgeois fascistes ou démocratiques), nos sections n’ont pas réussi à se transformer en véritables partis (révolutionnaires). Malgré un engagement en pointe dans tous les grands combats révolutionnaires et quotidiens, elles ont trop souvent été réduites à commenter les événements et à préserver les acquis du marxisme révolutionnaire face aux falsifications bureaucratiques. Dans les années 70, les montées révolutionnaires dans le monde ont pu laisser penser que l’heure était venue de faire des avancées vers une Internationale de masse. La IVè Internationale disputait alors aux autres regroupements internationaux trotskistes (lambertistes, morénistes, le courant " Militant ", le courant "capitalisme d’État "/SWP) la légitimité du courant " trotskyste " (il en était de même au sein de la IVè Internationale avec le SWP américain face à la majorité de l’Internationale). Même si la IVè Internationale n’est jamais tombée dans les délires sectaires des autres regroupements, elle se considérait néanmoins comme l’avant-garde politique légitime, le noyau autour duquel se ferait la recomposition d’une Internationale révolutionnaire.

(2) Le changement de période, patent dans les années 80, la crise de la IVè Internationale et la chute du Mur ont provoqué un retour de balancier qui a même risqué de remettre en cause son existence. Notre résistance à l’énorme offensive réactionnaire des années 80 et 90 n’a pas eu recours à une crispation sectaire qui se cantonnerait dans la propagande socialiste incantatoire, le parasitage du mouvement de masse et l’auto-affirmation identitaire. Les organisations qui l’ont fait n’ont pas évité de graves crises internes. La IVe Internationale a aussi payé le prix organisationnel du recul général du mouvement ouvrier international, mais elle a réussi à traverser la période réactionnaire en maintenant son unité organisationnelle et sa cohésion politique, par :

le développement d’un marxisme critique et actuel ;
un débat sans tabous sur le " bilan du siècle " ;
un régime intérieur favorisant une continuité de discussion et une confrontation d’analyses autour des grands événements constitutifs de la nouvelle situation mondiale ;
un enracinement et un engagement en pointe dans le mouvement ouvrier et social (national et international) ;
un travail unitaire systématique ;
un comportement unitaire et radical, notamment par la lutte pour une recomposition anticapitaliste pluraliste.

(3) Aujourd’hui la IV Internationale, comme organisation, peut se définir comme :

une organisation internationale de révolutionnaires sur la base de la méthode du Programme de Transition et de la stratégie et la tactique qui en découlent ;
un ensemble incomparable de références programmatiques et d’expériences politiques notamment sur des questions comme l’oppression des femmes, l’oppression des gays et des lesbiennes, des thèmes historiquement peu élaborés par d’autres courants révolutionnaires, avec des sections en plusieurs pays centrées sur les besoins de la classe ouvrière de la région ;
une organisation respectueuse de l’autonomie des mouvements de masse et de leur démocratie, pratiquant en son sein le pluralisme de tendance ;
donc un outil vivant, mais encore instable vu la faiblesse de ses parties, et la difficulté de recomposer une coordination et une structure de direction qui puisse correspondre à cette réalité militante. Le fait d’avoir conservé cette structure et qu’elle soit sans aucun doute le seul regroupement international de ce type est un atout dans la nouvelle période politique où de nouvelles générations militantes sont actives.

(4) Notre tâche principale comme IVe Internationale consiste à contribuer à une vaste réorganisation du mouvement ouvrier et social à l’échelle mondiale avec comme perspective la constitution d’une nouvelle force internationaliste, pluraliste, révolutionnaire, militante et avec un impact de masse. Cette perspective passera inévitablement par un long processus d’expériences et de clarifications politiques.

Cela n’implique nullement l’affaiblissement ou la dissolution de notre organisation. Au contraire, nous voulons nous renforcer, non pas pour concurrencer et battre les autres courants révolutionnaires-internationaux, mais dans le but de contribuer au maximum à cet objectif : la construction d’une nouvelle force tout en clarifiant les leçons théoriques fondamentales à retirer de l’expérience des révolutions du XXe siècle.

(5) Dans toute cette période transitoire, nous apporterons une réponse à trois niveaux :

dans le mouvement contre la globalisation comme dans le mouvement syndical et d’autres mouvements sociaux, nous luttons pour le " front unique " dans les luttes et les mobilisations, et pour créer ou solidifier les mouvements, en même temps nous participons au débat programmatique et politique. Nous favorisons la création de mouvements internationalistes anticapitalistes de masse autour de leurs objectifs respectifs.
sur le plan partidaire, selon la situation concrète régionale/continentale, nous militons pour un travail en commun des forces politiques anticapitalistes qui pourrait prendre des formes diverses.
sur le plan de la gauche révolutionnaire, nous engagerons un dialogue plus systématique et plus général par des rencontres bilatérales, des participations à des réunions internes et publiques avec d’autres courants qui ont une compréhension commune de la situation mondiale actuelle et des grandes orientations et tâches.

(6) Nous faisons un double constat. D’abord, il y a un écart important entre notre influence diffuse au sein des mouvements et le renforcement politique et organisationnel de nos organisations. Cette influence idéologique diffuse ou personnelle ne se transfère que difficilement au parti. La qualité de nos analyses, l’engagement des militants et la mise en avant de la perspective socialiste sont nettement insuffisants. Ensuite, le processus de repolitisation en cours ne mène pas spontanément à l’engagement dans un parti (révolutionnaire ou autre), l’obstacle étant particulièrement grand dans la jeunesse.

L’issue c’est que l’organisation marxiste-révolutionnaire doit être à même de démontrer qu’elle a, dès aujourd’hui, une fonction politique propre à remplir en ce qui concerne l’activité courante, le travail de masse et le mouvement. Cela nécessite notamment une propagande plus régulière et soutenue pour nos idées, une agitation plus consistante, une volonté de débat politique et stratégique, un système d’organisation renforcé comme support. Bref : une autonomie politique qui nous différencie et nous identifie clairement dans la société, dans le mouvement et par rapport aux autres courants idéologiques ou politiques dans le mouvement social.

(7) Cette autonomie ne vise pas à inaugurer un cours sectaire de dénonciations, de polémiques, ou d’opérations " entristes " visant des gains à court terme. Elle part de la compréhension traditionnelle, propre à notre courant marxiste-révolutionnaire, du rapport entre le mouvement de masse et le Parti : (i) le respect pour l’autonomie et la démocratie interne, ce qui signifie aussi une compréhension des sensibilités et des mécanismes de fonctionnement spécifiques du mouvement, et (ii) le rejet du concept d’une avant-garde éclairée et arrogante, qui parasite ou se soumette le mouvement.

Entre son simple accompagnement et l’auto-affirmation sectaire-idéologique parasitaire sur le mouvement, il y a une autre voie, qui se distingue des courants radicaux sectaires, qui eux s’emparent des jeunes à la recherche de solutions révolutionnaires fortes et d’un engagement militant. Notre réponse ne peut être la même.

(8) Mais notre problème principal ne se situe pas, en général, sur le plan du sectarisme, mais plutôt sur un comportement politique et organisationnel qui sous-valorise ou dilue l’organisation marxiste-révolutionnaire. La correction porte sur trois plans combinés :

une orientation, un profil et un comportement politiques, autonomes du mouvement ;
une intervention plus visible et plus cohérente ;
cela nécessitera une coordination interne plus forte.

(9) Nous avons besoin d’une structure de direction renforcée à même de remplir les tâches décrites ci-dessus.

La réforme des statuts, qui s’appuie sur notre expérience des dernières années, donne une base cohérente, qui favorisera à la fois le débat continu, ouvert et critique dans l’instance centrale, le Comité International, et d’autre part le rôle du Bureau Exécutif, comme centre actif de coordination du travail.

Le CI (l’ancien CEI) devra continuer à jouer son rôle de centre de gravité d’un débat continu et contradictoire. Ce débat est d’autant plus libre que les statuts codifient une autonomie des sections nationales qui n’impose plus aucune obligation de reprendre à leur compte des prises de position adoptées à la majorité du CI. Et d’autant plus ouvert par la présence au CI d’organisations extérieures qui participent à nos discussions sans engagement organisationnel à notre égard.

Le BE aura la tâche-clé (à côté de la direction courante sur le plan de l’administration, des finances, de la presse, des contacts intérieurs et extérieurs) de construire des liens renforcés avec et entre les organisations nationales, et avec les cadres des organisations. Cela vaudra sur le plan de l’élaboration, de l’initiative, de la coordination et des prises de position publiques. Le développement de la presse de l’Internationale (revues, bulletins électroniques, website) constitue une priorité.

Cela implique, pour le BE, de profiter de la meilleure santé de plusieurs sections nationales pour renforcer le Bureau avec des camarades partie prenante de directions d’organisations nationales (notamment européennes, grâce à la proximité géographique). Ensuite, le BE aura à construire ou à renforcer le rôle de structures de travail, certaines à l’échelle européenne, d’autres plus clairement internationales (travail entreprises, réseaux mondialisation, femmes, jeunes, travail associatif). Suite au développement de la dimension régionale/continentale du capitalisme mondialisé, il faudra envisager des structures de travail selon les conditions concrètes (Europe, Amérique Latine, Asie). Étant donné le développement de l’UE comme structure étatique, une tâche spécifiquement européenne est d’arriver à mettre sur pied une réelle direction européenne à même de répondre aux multiples nécessités imposées par le cadre de l’UE, en développant le poids et le rythme des actuelles instances (BPs européens, Secrétariat européen).

Toutes ces structures devant jouer à la fois un rôle de coordination, d’initiative et aussi d’élaboration politique collective sur les multiples questions du monde d’aujourd’hui. Elles doivent permettre aussi le développement et la construction d’organisations nationales et le renforcement des liens entre leurs directions.